Femmes et jeunes nouvellement investies pour les législatives du 30 Juillet 2017

Atelier de formation et de Renforcement de Capacités des Femmes et jeunes nouvellement investies pour les législatives du 30 Juillet 2017

Résumé exécutif

Le vote est un acte primordial de la vie politique en démocratie. Il est un symbole de la juste gouvernance, qui du reste, ne correspond pas seulement au multipartisme mais également à l’équilibre du Genre. En Afrique, si la participation politique a longtemps été prégnante chez les hommes et très peu conventionnelle chez les femmes, elle connait maintenant des germes de changement solides. En effet, après plusieurs années de lutte pour les droits des femmes et d’intégration du principe de l’égalité des sexes dans les sociétés, l’heure est venue pour les femmes africaines et sénégalaises particulièrement, de s’imposer dans le monde politique, pas seulement en tant que spectatrices, mais plutôt, en tant qu’actrices du développement à part entière. Consciente des disparités quant à la représentativité des femmes dans les hautes instances de décision, l’Alliance pour la Migration, le Leadership et le Développement (AMLD), en partenariat avec RESPFECO, et avec le soutien de ONU-FEMMES, a décidé de remédier au déficit de formation des nouvelles candidates investies aux élections législatives : en renforçant leurs capacités en termes de compétences parlementaires et communicationnelles ; en éveillant leur leadership transformationnel, en contribuant à l’érection d’un système paritaire équitable, représentatif et efficace.

C’est pourquoi, 50  femmes candidates aux élections législatives ont bénéficié d’un programme de formation et de renforcement de capacités ces 4, 5 et 6 Juillet à NGOR DIARAMA. Des modules sur le cycle électoral, le rôle des parlementaires à l’hémicycle, les nouvelles innovations du Code électoral, ou encore la communication et le coaching politiques, ont constitué les principaux outils auxquels les nouvelles investies ont été initiées au cours de cet atelier. L’AMLD cherche à travers cette initiative, à propulser les femmes dans la dynamique politique sénégalaise, afin qu’elles ne soient plus confinées dans une situation secondaire et subordonnée, mais qu’elles arrivent à optimiser leurs chances de prendre part à la construction d’une force vive pour la nation.

 

  1. OBJECTIFS ET NOUVEAUX DEVELOPPEMENTS

L’atelier visait essentiellement à:

 

  1. Améliorer la présence et la participation des femmes dans la vie politique du Sénégal;
  2. Accroitre leurs compétences ainsi que celles des jeunes garçons et filles ;
  3. Renforcer la capacité du pays à accroître ses richesses, gérer ses ressources, lutter contre la pauvreté;
  4. Renouveler et consolider les connaissances des femmes et des jeunes en termes de concepts clés, d’outils et de pratiques politiques;
  5. Assurer la compréhension des rôles des députés vis-à-vis des représentés ;
  6. Améliorer les mécanismes de participation politique des femmes et des jeunes à travers l’extension des initiatives similaires en matière de capacitation ;
  7. Renforcer la présence des femmes et des jeunes à l’Hémicycle pour atteindre niveau de représentativité effectivement paritaire ;
  8. Permettre aux députées de combler leurs déficits en termes de culture politique.

 

  1. DEFIS ET LECONS APPRISES

L’atelier a été l’occasion de constater d’abord l’émergence d’un Leadership féminin fort en politique. Des jeunes filles sont de plus en plus intéressées par la chose publique et ne rechigne pas à apprendre davantage. Les jeunes ne sont pas les seules concernées, mais celles qui ont plus d’aptitudes et d’expériences politiques semblent décidées à rompre avec les pratiques qui ont prévalu jusqu’ici.

Cependant, en dépit de tout cet espoir suscité, il reste indéniable que des obstacles demeurent aujourd’hui encore dans la perspective d’un leadership transformationnel fort.  Le manqué d’effectivité des engagements internationaux auxquels le Sénégal a souscrits tels que le Protocole de Maputo, la CEDEF, l’intolérance religieuse, le manqué de visibilité des initiatives, les logiques et barrières sociales limitent grandement leurs capacités d’actions. Ce qui fait qu’au Sénégal, on ne compte que 13 femmes maires sur un total de 557 communes soit un taux de 2,33%.

L’atelier nous a en outre montré que l’éducation des jeunes filles et femmes reste une priorité dans leur autonomisation économique et leur leadership politique. L’incapacité de nombre d’entre elles à suivre les cours en français est un indicateur symptomatique de leurs capacités à assumer les fonctions de parlementaires.

 

  • PROCHAINES ETAPES

Pour un meilleur suivi des candidates qui ont suivi la formation, l’AMLD prévoit trios phases d’actions en leur faveur. Dès l’instant que le contenu des lois sont en français, la connaissance de cette langue demeure une nécessité. D’où la recommandation forte de leur assurer une formation continue avant, pendant et durant la législature. Il est au surplus prévu une évaluation à mi et fin mandate des femmes formées qui seraient élues. La première phase consistera à les à accompagner durant la champagne sur le plan de la communication. Un coaching sera assuré individuellement à celles qui le souhaitent.

Une fois élues, un suivi est prévu. Ce suivi va s’étendre à toutes les femmes parlementaires. Il comprendra une formation continue à l’intention des députées. Elles seront notamment capacités sur les types de lois, l’initiative et la formulation d’une proposition de loi. Quel type de plaidoyer mener pour faire passer une loi en en démontrant le bien fondé, etc.

L’atelier de formation et de renforcement de capacités des candidates nouvellement investies sur les listes électorales s’est tenu sur trois dont voici les temps forts.

  1. DEROULE DES ACTIVITES
  • OUVERTURE

Ont été invités à prendre part à la formation, Monsieur Amsata SALL, Ancien Gouverneur et membre de la Commission Nationale Autonome (CENA), ainsi que Madame Dior FALL SOW, Procureure de la République.

  • Les allocutions

 

Madame Diana OFWANA, Directrice Régionale d’ONU-FEMMES a rappelé l’honneur et la fierté qu’elle avait de voir toutes ces femmes actrices du changement social, au Sénégal et surtout en Afrique. Si les femmes se heurtent à deux obstacles majeurs à savoir l’entrave structurelle et le déficit de formation, leur implication nouvelle et massive leur permet désormais d’accroitre leurs connaissances ainsi que leurs ressources, tout en étant représentées à tous les niveaux de décision. Leurs actions positives spécifiques contribuent à une représentation paritaire et à l’exercice d’un Etat de droit. Mme la Directrice Générale a ainsi salué l’initiative d’AMLD, et a réitéré sa disponibilité et son engagement dans la lutte pour la Parité et la représentativité des femmes dans les hautes instances de décision.

Professeur Ndioro NDIAYE, Présidente de l’Alliance pour la Migration, le Leadership et le Développement (AMLD) après les salutations d’usage, a mis d’emblée l’accent sur la nécessité de participation politique des femmes dans toute démocratie digne de ce nom. Citant le Plan Sénégal Emergent (PSE), elle considère en outre la participation des hommes et des femmes de manière égalitaire, dans tous les domaines de la société, comme relevant d’une exigence de développement dans notre pays.

Le Professeur Ndiaye a enfin rappelé les déficits grevant la pleine participation des femmes   demeurent nombreux et ont pour noms : La faiblesse d’éducation des femmes ; faible culture politique ; déficit en termes de leadership, les femmes sont souvent dans le militantisme et moins dans les pôles de direction et de prise de décisions. Lesquels déficits président à l’origine de la tenue de l’atelier.

le Gouverneur Amsata SALL, qui a pris part à la cérémonie d’ouverture, a remercié les Initiateurs du programme de formation en l’occurrence AMLD, REPSFECO et ONU-FEMMES. Il a également formulé des remerciements à l’endroit des participantes pour leur engagement. M. SALL n’a pas manqué de magnifier le mouvement de changement dans les joutes électorales avec la présence massive des jeunes et des femmes. Selon lui, cela prouve encore une fois, notre sens élevé de l’Etat et des valeurs patriotiques.

Madame Diago NDIAYE, Présidente de la Cellule Nationale du Réseau Paix et Sécurité pour les femmes de l’Espace CEDEAO (REPSFECO) est revenue sur l’importance de l’implication des femmes dans les hautes instances de décision. Mme Diago Ndiaye a tenu à féliciter les femmes et particulièrement les jeunes investies, qui selon elle, assureront la continuité et la relève, dans un esprit pacifiste avec des élections apaisées et sans violence.

Mme Dior FALL SOW, a salué la pleine participation des femmes ainsi que des jeunes. Mme la Procureure est revenue sur l’importance de l’implication des femmes et des hommes à titre égal, dans la prise de décision, nécessaire à un Etat de droit. Elle a suggéré la mise en place d’un système de veille pour l’application de la Loi sur la Parité qui jusque-là souffre de plusieurs insuffisances. L’exigence d’une solidarité entre femmes et l’absence de considérations partisanes sont essentielles à la bonne marche du pays, selon elle.

 

  • 1ère journée

Au cours de la première journée de renforcement de capacités, les candidates ont été formées sur les modules Participation politique (concepts de base de la campagne électorale) et du Cycle électoral. Les cours dispensés  par les Professeurs Ndioro NDIAYE et Alioune Badara DIOP de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ont porté sur :

  • L’importance des élections dans les processus de démocratisation ;
  • La compréhension du cycle électoral : les principales étapes ;
  • Les principes clés de la gouvernance : la responsabilité, la transparence, l’appropriation et la participation publique.

Les travaux pratiques qui ont suivi, ont permis aux candidates, scindées en trois groupes, de réfléchir sur les outils de gouvernance politique à savoir :

  • La parole ;
  • La connaissance de la politique ;
  • L’engagement pour son pays ;
  • Le refus de la discrimination ;
  • Le cycle électoral et le système électoral ;
  • La connaissance des textes ;
  • La prise de conscience des injustices ;
  • L’application stricte de la loi ;
  • Les insuffisances de loi sur la Parité ;
  • Le leadership transformationnel.

 

Points retenus :

  • La nécessité de maitrise du cadre juridique et institutionnel par les futures parlementaires : connaissance des clauses, des contentieux à gérer, de la séparation des pouvoirs ;
  • L’exigence de l’application effective de la loi sur la Parité : corriger les insuffisances y afférant ;
  • La prise de conscience des inégalités : le rééquilibrage des effectifs au parlement (41,1% de femmes) : même si beaucoup d’efforts ont été faits par le Gouvernement du Sénégal dans la représentativité des femmes à l’Assemblée Nationale, (24 à 64 femmes), on remarque jusque-là des inégalités entre les hommes et les femmes ;
  • La réinitialisation des rapports d’inégalités entre hommes et femmes au sein de l’hémicycle: l’accès des femmes dans les hautes instances de décision ne permet pas forcément à ces dernières de rétablir l’équité de genre. En effet, les hommes réinitialisent les rapports de domination même dans les instances de décision, et contribuent par là même à une ineffectivité de l’exercice de leurs droits et pouvoirs décisionnels ;
  • Le combat transformationnel des inégalités culturelles : ceci est une nécessité dans la lutte pour l’exercice du pouvoir des femmes, mais aussi des jeunes. Il permet de lutter contre les inégalités et de corriger les insuffisances issues des conflits sociaux (de genre) et intergénérationnels.

 

  • 2ème journée

 

La formation des candidates nouvellement investies s’est poursuivie avec un Module sur les Rôles du Parlementaire dans l’élaboration et le suivi des politiques publiques, par Madame Dior Fall Sow.

 

COURS Mme Dior FALL SOW.

Le cours a été interactif et les échanges ont porté sur :

  • Politiques publiques ;
  • Projets et propositions de lois ;
  • Corps de contrôle (interne/ externe) ;
  • Conscience, doctrine, idéologie ;
  • Le vote et le contrôle du budget ;
  • La compréhension effective des rôles spécifiques dédiés aux parlementaires ;
  • Les rôles des femmes et des jeunes dans les fonctions parlementaires.

Points retenus :

  • L’absence de représentativité des femmes dans les instances de décision : les femmes doivent s’unir, communier dans le sens des intérêts de l’ensemble de la gent féminine et taire les différences d’idéologie politique ;
  • La faiblesse de responsabilisation des femmes en politique; les femmes doivent s’affirmer et proposer des actions concrètes à mener dans l’application effective de la loi sur la parité, et corriger les insuffisances de cette dernière ;
  • L’insuffisance d’application de la loi sur la parité doit être remédiée par l’instauration d’un système de veille à tous les niveaux ;
  • Le déficit de formation et d’encadrement doit être corrigé. La plupart des femmes ignorent le plus souvent le contenu des lois et règlements, et en ce sens il faudrait réfléchir dûment sur les différents textes (législatifs, coraniques, etc.) pour comprendre les rouages du Parlement et constituer une force de proposition de loi ;
  • Les femmes ne sont pas suffisamment outillées dans les instances de décision telles que le parlement pour participer pleinement au processus d’adoption des politiques publiques: il faudrait dès lors que ces dernières arrivent à s’imposer formellement d’abord au sein de leur parti, ensuite au parlement.

 

  • 3e journée

La troisième et dernière journée de formation a été marquée par les interventions de : M. Bernard Casimir Demba CISSE, Directeur de la Formation et de la Communication à la Direction Générale des Elections (DGE), le Professeur Ibrahima SILLA, Enseignant-Chercheur en Sciences Politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, et Madame Diatou CISSE COULIBALY, Journaliste.

  1. CISSE a axé son cours sur les Innovations Introduites par le nouveau Code électoral, à travers les points suivants :
  • Les dispositions relatives à l’élection des députés ;
  • La durée de validité de l’Assemblée Nationale ;
  • La progression du Code électoral ;
  • L’application de la loi L 78, Alinéa 3[1];
  • Les types de scrutin (proportionnel/majoritaire) ;
  • Les insuffisances de la loi et les difficultés liées au vote (pléthore de bulletins, faiblesse de la loi, manque de communication).

Le module Communication et le Coaching politique a été co-animé par le Professeur Ibrahima SILLA et Madame Diatou Cissé COULIBALY qui ont abordé la communication politique comme un outil fondamental pour les parlementaires dans l’exercice de leur fonction. Les principaux points ont été :

  • Les différentes formes de communication (agressive, passive) ;
  • Le « média training » ou formation aux médias permettant aux candidates de s’entrainer devant une caméra ou un auditoire, pour pouvoir analyser leurs comportements et leurs réflexes ;
  • La maitrise de l’image (posture, gestuelle etc).

RECOMMANDATIONS

 

  • Initier des sessions de sensibilisation et de formation des femmes élues afin qu’elles puissent construire des alliances stratégiques et plus de solidarité pour la promotion des femmes ;
  • Assurer le respect des droits des femmes à l’Assemblée par la défense des intérêts stratégiques et des besoins pratiques des femmes et des jeunes ;
  • Connaitre les besoins spécifiques de sa communauté et s’imprégner des réalités locales ;
  • Connaitre dûment les rôles et responsabilités de la fonction parlementaire ;
  • Avoir une conscience, une doctrine et une idéologie propre et soutenue ;
  • Réduire les clivages partisans pour le bien des intérêts de la communauté ;
  • Outiller les députés en termes de compétences parlementaires ;
  • Prioriser la budgétisation sensible au Genre (Intégrer la parité) ;
  • Etablir une session de partage avec les députés femmes sur les Conventions et le dispositif réglementaire en faveur des femmes et des enfants ;
  • Remédier à l’absence d’autonomisation financière des femmes ;
  • Etablir une solidarité symbolique entre femmes (instruites et non instruites).

ACTIONS A FAIRE

 

  • Un répertoire qui cartographie les femmes présentes à cette session de formation sous forme de brochure ;
  • Faire un suivi évaluation de la 13e Législature ;
  • Evaluer l’application de la Parité de la 12ème Législature ;
  • Etablir un groupe de réflexion sur les différentes lois (rencontre tous les trois mois) ;
  • Créer un groupe WhatsApp et un Mailing List ;
  • « Une femme, une proposition ».

 

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