les Migrations Gouvernance et développement en Afrique de l’Ouest

Conférence de haut niveau sur les Migrations Gouvernance et développement en Afrique de l’Ouest :

« Le temps de l’Action »

I – INTRODUCTION GENERALE

Les migrations constituent aujourd’hui un enjeu majeur et critique dans les politiques et programmes de promotion du développement socioéconomique, notamment dans le contexte des Objectifs de Développement Durable (ODD). C’est pourquoi, l’absence d’actions significatives de la part des Etat africains et de l’ensemble des catégories d’acteurs serait de nature à remettre en cause la réalisation de ces Objectifs et la concrétisation de la vision Afrique 2063.

A  – Les migrations : un phénomène d’une grande ampleur en Afrique de l’Ouest

En Afrique de l’Ouest, les dynamiques migratoires présentent des réalités et des tendances qui interpellent. Selon une étude réalisée en 2015,  les États membres de la CEDEAO sont aussi bien des pays d’émigration que d’immigration.  En chiffres absolus, la Côte d’Ivoire est le pays qui accueille la population immigrée la plus nombreuse avec 2.406.700 individus dont 2.350.024 originaires d’autres pays de la CEDEAO. Elle est suivie par le Ghana qui compte 1.851.800 immigrants. Aussi, c’est en Gambie et en Côte d’Ivoire que le pourcentage d’immigrants par rapport à la population nationale est le plus élevé. Par contre, au Nigeria, pourtant troisième plus grand pays de destination en chiffres absolus, les immigrants ne représentent que 0.7% de la population nationale. Le Mali et le Niger arrivent eux aussi en bas de classement en termes de ratio immigrants/population nationale.

L’Afrique de l’Ouest accueille à elle seule 7,5 millions de migrants, originaires d’un autre pays ouest-africain. Autrement dit, 86 % des migrations ouest-africaines sont aujourd’hui intra-régionales et principalement frontalières[1]. Un mouvement sept fois plus dense que les flux vers les autres régions du globe[2].

Ainsi, sur 100 migrants ouest-africains, 70 % restent en Afrique, dont 61 dans les pays de la sous-région, 8 en Afrique centrale et 1 en Afrique du nord. Seuls 30 % résident hors de l’Afrique, dont 15 en Europe, 6 en Amérique du nord, et 9 dans divers pays[3].

Malgré donc le traitement médiatique qui donne l’impression que l’Europe semble « envahie » par des vagues de migrants en provenance d’Afrique et notamment d’Afrique de l’Ouest, les migrations vers l’Europe restent minoritaires. En effet, en 2004, on recensait officiellement 7,2 millions migrants africains installés dans un des trente pays de l’OCDE, dont 1,2 millions de ressortissants ouest-africains. L’Afrique reste donc la première destination des migrants africains, avant l’Europe. L’essentiel des mouvements ayant lieu au sein même des régions.

Les migrations à l’intérieur des Etats sont également un phénomène d’envergure en Afrique. Au cours des 45 dernières années, l’exode rural a connu une progression fulgurante en Afrique de l’Ouest, avec 80 millions de migrants de la campagne à la ville. La population urbaine est ainsi passée de 10 à 128 millions. En 2025, près de 60 % de la population africaine devraient vivre en ville si les tendances actuelles se poursuivaient. Cet exode massif des populations rurales vers les villes s’explique par la sécheresse, l’aridité des terres, le sous-emploi chronique des jeunes, une pauvreté endémique, le manque d’infrastructures administratives, sanitaires et culturelles, etc.

Au total, ces migrations africaines – internes ou internationales – posent de véritables difficultés, notamment en termes de facilités administratives, d’opportunités d’insertion économique et sociale, d’accès aux services publics, de sécurité ou de respect des droits humains pour les migrants. Dans un contexte mondial de crise économique marqué aussi par des menaces globales comme le terrorisme ou les changements climatiques, la mobilité humaine renvoie également aux défis de la recomposition des identités, des sociétés et des territoires de départ et d’accueil. Au-delà, elles posent la question de la plus-value des migrations sur les défis majeurs de l’Afrique relatifs au transfert de technologie et de connaissances, à la construction des capacités, et l’arrivée sur le continent d’un nombre important d’immigrés présenté comme « terre d’opportunités et de croissance ».

B  – Au cœur des migrations : la gouvernance et le développement de l’Afrique de l’Ouest

Une approche globale et systémique des migrations montre comment les décisions et les pratiques à l’échelle mondiale – sur le cours des matières premières ou les modes de développement favorisant les changements climatiques par exemple – produisent des conséquences néfastes sur les territoires locaux. Et comment à leur tour, les stratégies locales d’adaptation et de survie transportent la pauvreté dans les villes, et provoquent les migrations internationales. Seule une telle approche est susceptible de révéler comment les migrations sont une résultante de politiques publiques défaillantes et de modes de régulation inopérants au niveau national, continental et international.

D’abord, les migrations sont provoquées et orientées par divers facteurs combinés – mais d’importance variable, notamment d’ordre économique, social, culturel, politique, sécuritaire ou environnemental. Dès lors, produire de la connaissance et agir sur les mobilités humaines oblige à une analyse transversale de ces différents secteurs dans les territoires de départ et les territoires d’accueil.

Ensuite, les migrations traduisent une perception et un rapport à un lieu de vie ancien et/ou nouveau. Elles dictent ainsi une nécessaire réflexion sur les territoires et les interrelations – horizontales ou verticales – entre eux. En ce sens, elles posent la réflexion sur des problématiques clés, notamment l’approche territoriale du développement, l’aménagement du territoire, la citoyenneté transnationale, l’intégration régionale, la décentralisation, la coopération transfrontalière, la gouvernance territoriale ou encore la place l’Afrique de l’Ouest et de ses territoires dans les dynamiques internationales et mondiales.

Enfin, les migrations en Afrique de l’Ouest mettent en mouvement une multitude d’acteurs qui interagissentformellement ou non, indirectement ou directementaux différentes échelles. Elles définissent ainsi des relations, mais aussi des perceptions et des positions entre les Etats, les organisations communautaires et internationales, et entre les sociétés humaines du local au mondial.

Les migrations interrogent fondamentalement le sens et l’avenir du monde, et fondamentalement le devenir de l’Afrique en général. Dans ce sens, elles se positionnent comme un thème à l’interface des problématiques, des échelles et des acteurs qui appelle une réflexion approfondie et des propositions de changement adéquates.

C – Un thème porteur de dialogues politiques multi-acteurs

Au regard du contexte économique et démographique mondial, des disparités territoriales et des inégalités sociales, des convulsions politiques, des guerres, du déficit de démocratie et de bonne gouvernance, de la possession déséquilibrée des ressources de tous ordres, les mobilités humaines vont s’intensifier et se complexifier dans le temps et dans l’espace. De ce fait, et compte tenu des enjeux et défis dont elles sont porteuses, les migrations constituent une problématique centrale – actuelle et d’avenir – pour le monde.

La complexité croissante des phénomènes migratoires et les récentes préoccupations à l’échelle mondiale en matière de lutte contre l’immigration irrégulière sont au soubassement d’un nouveau dialogue euro-africain mais aussi entre Etats africains spécifiquement. Ce dialogue est orienté sur les éléments de coopération dans la gestion des migrations légales, dans la lutte contre la migration irrégulière et sur les liens entre migration politique de développement et gouvernance.

Les dynamiques migratoires interrogent, donc, fondamentalement le développement et la gouvernance de l’Afrique en rapport avec elle-même, mais aussi en relation avec l’Europe, et le reste du monde. Elles constituent aujourd’hui un thème fondamental pour la recherche et le dialogue politique sur les enjeux critiques de l’Afrique de l’Ouest en particulier.

Dans leurs effets actuels comme dans leurs développements futurs, les migrations sont par excellence une thématique qui appelle des dialogues multi-acteurs, un véritable enjeu au cœur du développement et de la gouvernance.

C’est pourquoi, CoDA avec l’appui de IAG, de ARGA et d’organisations partenaires – IPAR, LASPAD, FEMIDEC, IED AFRIQUE, AMLD, GLF, IFAN – ont convenu d’organiser une conférence en Afrique de l’Ouest sur le thème « Migrations, gouvernance et développement : le temps de l’action ».

II – PRÉSENTATION DE LA CONFÉRENCE

A – Objectifs

1.     Objectif général

Dans une démarche multi-acteurs, la conférence vise à structurer une réflexion proactive, à construire une parole et à faire des propositions pour une amélioration des pratiques et politiques migratoires, au service du développement et de la gouvernance en Afrique de l’Ouest.

Il s’agit de contribuer à éclairer les choix politiques sur les déterminants – politique, économique, social, et environnemental – des migrations, et à élaborer des stratégies structurantes.

2.     Objectifs spécifiques

En lien avec l’enjeu majeur de transformation structurelle socio-économique de l’Afrique de l’Ouest, la conférence poursuit les objectifs spécifiques suivants :

  • Présenter et discuter les formes et les pratiques de migrations internes et internationales de l’Afrique de l’Ouest ;
  • Cerner et analyser les causes, les opportunités, les enjeux et les défis actuels et futurs des dynamiques migratoires au plan politique, juridique, économique, social, sécuritaire et environnemental ;
  • Identifier et apprécier les effets et les impacts des migrations en termes de plus-value et de moins-value pour l’Afrique de l’Ouest ;
  • Préfigurer des alliances de réseaux, améliorer les processus consultatifs régionaux existants et collecter des idées innovantes, des bonnes pratiques sur la gestion de la migration en Afrique de l’Ouest ;
  • Élaborer des propositions consensuelles, stratégiques et innovantes pour des migrations qui bonifient substantiellement les processus de développement et de gouvernance en Afrique de l’Ouest ;
  • Construire les contributions de l’Afrique de l’Ouest aux initiatives africaines et internationales sur les migrations, notamment au dixième forum de la CEA sur le rôle de la migration internationale dans la promotion de la croissance inclusive et la transformation en Afrique.

B – Méthodologie

1.     Approche et principes méthodologiques

Compte tenu des implications et des interdépendances diverses des migrations, le thème sera abordé dans une approche multisectorielle et multi-niveaux, avec une attention particulière pour la représentativité et l’inclusion de toutes les catégories d’acteurs, y compris la diaspora. Ainsi la démarche méthodologique répondra à la nécessité d’articuler l’unité de la problématique des migrations à la diversité des contextes, et surtout à la diversité territoriale.

La méthodologie permettra ainsi de collecter des inputs, de développer des analyses prospectives et des propositions d’importance en partant du vécu, des perceptions, des projets et des perspectives de l’ensemble des catégories d’acteurs à toutes les échelles. Centrée sur les spécificités, les expériences et les aspirations des acteurs Ouest africains, la conférence devra permettre d’apporter des réponses adaptées et pertinentes à la sous-région tout en recherchant des solutions partagées face aux défis communs des migrations.

Au total, avec la méthode retenue, la conférence, s’intéressera particulièrement à bâtir et gérer les cohérences appropriées dans la mesure où les migrations mettent en présence des acteurs variés sur des territoires distincts mais fortement interconnectés – du niveau local au niveau national, sous-régional et international, et portent sur la problématique complexe du développement et de la gouvernance dans leurs différentes variantes.

2.     Format et organisation pédagogique

La conférence se tiendra sur une durée de 3 jours. Elle réunira une centaine de participants, y compris des invités venant des autres régions d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

Les participants seront des acteurs représentatifs de la diversité des institutions, et des milieux socio-professionnels, notamment :

  • Les Etats ;
  • Les collectivités locales
  • Les organisations d’intégration et les institutions internationales ;
  • Les organisations et associations de migrants et d’immigrés ;
  • Les migrants entrepreneurs et porteurs de projet
  • Les organisations de la société civile et autres ONGs ;
  • Le secteur privé national et international ;
  • Les partis politiques ;
  • Les associations, mouvements de femmes, parlements des enfants,   mouvements de jeunesse et d’étudiants ;
  • Les organisations, programmes et initiatives sur les migrations, etc.
  • Les universités, structures de recherche et Think Tank

Un travail préparatoire permettra de circonscrire l’état, les défis et les enjeux des migrations en Afrique de l’ouest. Les documents élaborés serviront d’introduction et de base de discussion à la conférence.

La conférence sera organisée autour panels avec :

  • Des communications introductives ;
  • Des focus thématiques ;
  • Des témoignages, des présentations d’innovations et de bonnes pratiques.

Une note d’animation et de cadrage méthodologique de la conférence sera élaborée par le comité de pilotage.

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