Rencontres Economiques de Dakar

Les levier de la croissance

« L’AFRIQUE, UN LEADERSHIP AU FEMININ? »

LES FEMMES DANS LA STRUCTURE FAMILIALE: QUEL APPORT ECONOMIQUE?

Intervention de Mme Ndioro NDIAYE

 Dans une société fortement marquée du sceau du patriarcat, toute idée d’indépendance voire d’autonomie économique de la femme est sensible. La femme africaine demeure encore prisonnière des logiques et pesanteurs qui gouvernent et guident les activités sociétales. « Les femmes participent moins à l’activité économique que les hommes. Par rapport au genre, on constate une nette différence entre le taux d’activité des jeunes hommes et celui des jeunes femmes, 54% contre 33 % soit un écart de 21 points. Cet écart entre les deux sexes est du même ordre que celui des jeunes âgés de 25 à 29 ans (20 points de pourcentage) », nous apprend le Rapport national sur l’emploi des jeunes au Sénégal du Ministère de la Jeunesse, de l’Emploi et de la Promotion des Valeurs civiques, en date de mars 2014.

Or, il est  aujourd’hui évident qu’aucune perspective sérieuse de développement durable ne peut être envisagée sans l’apport des femmes. C’est parce que les contributions fondamentales des femmes dans leur foyer, dans les systèmes de production alimentaire et dans les économies nationales jouissent d’une bonne réputation, à la fois en Afrique et de la part de la communauté internationale, que leur égal accès aux ressources doit être encouragé.

C’est toute l’originalité et la pertinence du choix des thématiques de cette Rencontre et de la présente Session à savoir : L’Afrique : un leadership féminin ? La place des femmes dans la structure familiale ;  Le rôle des femmes dans le monde politique et dans  le monde des affaires ;  La place des femmes dans le marché du travail ;  Quels vecteurs à l’émancipation et à l’autonomie des femmes (accès à l’éducation, la santé, à des moyens financiers notamment via la microfinance, etc.) ?

  • Faits & chiffres

Le continent africain connaît une trajectoire de croissance soutenue, tant sur le plan économique que démographique. Cette trajectoire représente des opportunités et des risques nouveaux pour l’Afrique et son voisinage, qui appellent une politique de développement adaptée. La population de l’Afrique subsaharienne aura doublé d’ici à 2050 (910 millions en 2012 et 1,9 milliard en 2050). Cette exceptionnelle dynamique démographique devrait constituer la clé de voûte des politiques publiques des États africains. L’Afrique connaît des progrès remarquables en termes de développement économique et humain à ce jour. De nombreux pays africains figurent au rang des pays qui affichent des taux de croissance les plus élevés au monde, et le taux de croissance du PIB de l’Afrique subsaharienne estimée à 4,6% en 2015, atteindra les 5,1% en 2017. Il n’y aura de croissance durable et inclusive que si la jeunesse africaine et la femme africaine sont suffisamment armées pour y contribuer.

La famille africaine est un lieu d’inculcation de valeurs et ce sont les femmes qui transmettent les valeurs culturelles à leurs enfants, dès le jeune âge, au moyen d’expressions telles que le chant, la danse, les contes etc. Malgré une éducation sexiste, les femmes grâce à leur insertion dominante dans l’entité familiale, ont une prédisposition pour la vie associative (société secrète, association de danse, tontine etc.) qui les a souvent protégées en leur permettant d’avoir une vie relativement autonome. En dépit des tentatives de confinement dans des secteurs sociaux peu porteurs, elles sont parvenues, avec une ingéniosité extraordinaire, à transformer les handicaps en atouts

Les femmes constituent 49 à 51% de la population de nos pays. Ce chiffre ne changera pas de manière significative jusqu’en 2035, mais évoluera de manière importante de 2035 à 2063. Cela veut dire que ce groupe de population sera le plus nombreux dans les segments essentiels de production de richesses de nos pays; mais cela veut dire aussi, que nos décideurs et gouvernants devront faire des efforts de planification stratégique plus pertinents dans les domaines de l’Education, de la Santé, du Développement économique et social, y compris dans les domaines de l’Education à la Citoyenneté et aux droits humains, et de l’Education Politique, qui tiennent compte de ces tendances, si nous voulons changer la donne et offrir aux hommes et aux femmes les mêmes chances de participer au développement de nos pays.

D’ici à l’horizon 2050, les pays africains devront d’abord « loger et nourrir » un milliard de femmes et d’hommes supplémentaires et leur assurer au – delà de cette nourriture et de ce logement, les conditions requises en termes de développement humain, pour que notre continent puisse atteindre les objectifs de développement durable.

Assurer la croissance économique durable en Afrique – qui compte aujourd’hui plus de 410 millions de femmes – dépend aussi de l’autonomisation des femmes dont il faut améliorer les conditions de vie et de productivité, pour que le continent tout entier puisse en bénéficier.

Nous savons qu’en Afrique, les femmes interviennent de manière plus active dans le secteur de l’économie — à titre d’agricultrices, d’employées et d’entrepreneures — que partout ailleurs dans le monde. Elles constituent le rouage incontournable du bien-être de leurs familles et la pièce maîtresse de l’avenir de leurs enfants. Leur avis pèse très lourd dans la gouvernance de leurs communautés et de leurs pays. Cependant, elles sont encore confrontées à toute une série d’obstacles qui les empêchent de produire la richesse qu’il faut pour créer la différence et les impacts attendus sur le processus de développement. Il importe alors  de crever le plafond de verre en allant au-delà  de leurs traditionnelles activités génératrices de revenus.

Parce que la famille est le socle de la culture, de l’éducation, de la construction du valorimètre sociétal, c’est en son sein  que nous devons forger les forces et les capacités des  membres de la société à construire les bases fondamentales de la paix et du développement. Au Sénégal, c’est dans cette dynamique qu’il convient de placer la problématique des familles productives, idée que nous avons développée depuis l’année internationale de la famille en 1994.

Par « Familles productives », il faut comprendre le rapport de la production de biens ou de services à la quantité de facteurs de production (le capital et le volume de travail) utilisés par les ménages sénégalais, au premier rang desquels les femmes, pour produire ces biens ou services. L’intérêt de cette démarche réside dans l’évaluation de l’impact des activités des  femmes dans la vie du ménage, dans un contexte économique national caractérisé par une pauvreté encore importante. Comment les femmes, dans leurs ménages respectifs, contribuent-elles à lutte contre la paupérisation de leur famille ? Comment les y accompagner pour plus d’efficacité?

Le fait que la famille soit une institution fondamentale de création de richesse et de productivité n’est plus à prouver. Il s’agit du cadre par excellence de la transmission de compétences telles que les connaissances, les compétences opérationnelles et les compétences comportementales. Toutes ces actions passent par l’emprise du cadre familial et social. La première éducation, en effet, repose sur la culture de la productivité de chacun des membres qui composent la famille. C’est là qu’il faut miser sur l’accumulation des capacités et des connaissances qui serviront à orienter chaque membre vers une production de richesses  bien définie.

C’est aussi au sein des familles, que se constituent les premières solidarités qui engendrent certaines petites activités lucratives et qui au fur et à mesure s’étendent  dans les quartiers pour ensuite prendre une dimension plus large.

Dans le cadre familial, la femme, plus qu’hier, tient aujourd’hui une place centrale.

Les leviers de la croissance inclusive

Le FMI a identifié deux domaines complémentaires favorisant la croissance inclusive :

  • Le premier concerne la création d’emplois, particulièrement au sein des entreprises familiales des secteurs de l’agriculture et des services. La grande majorité de la population active africaine travaille au sein de petites structures familiales, souvent dans des zones rurales. Veiller à ce que les politiques économiques favorisent le développement de ces secteurs aura un impact marqué sur la création d’emploi. Les expériences menées en Asie, au Vietnam notamment, peuvent servir de modèle. Les prévisions de croissance de la population active africaine renforcent la pertinence du thème de l’emploi. En effet, un surplus de personnes en âge de travailler ne représente un atout pour un pays que si ce dernier dispose de competence dans sa socité, capable de créer des emplois multiformes multidiciplinaires et interliés, au sein de l’entité
  • Le second concerne l’inclusion de la femme et des jeunes dans toutes les transactions financières et leurs  facilités d’accès à des sources de financement fiables et abordables.
  • Quelques variables de commande des leviers de la Croissance
  • Deux parmi ces variables de commande que sont les inégalités entre les sexes et le système éducatif deviennent des enjeux stratégiques à long terme dans la plupart des gouvernements africains, parce que c’est en agissant sur ces variables de commande essentielles que nos états pourront mettre fin à la marginalisation économique, juridique et politique des femmes, mais également pourront atténuer les inégalités de rémunération, d’emploi, d’accès à la formation, au crédit ou à la terre, de participation politique…
  • Les variables qui croissent en importance à long terme en Afrique et dont il faut tenir compte dans toute nouvelle définition de politique publique qui se veut favorable aux femmes sont :

-L’auto – organisation des femmes : leur esprit d’innovation, de créatrices d’entreprises, leur rôle grandissant dans la création et la mobilisation de l’épargne nationale intérieure pour impulser un développement durable, la création d’emploi,

la connaissance de leurs droits et leur volonté de les faire respecter…

CONCLUSION

Les contributions fondamentales des femmes Africaines dans leur foyer, dans les systèmes de production alimentaire et dans les économies nationales jouissent d’une reconnaissance croissante, à la fois en Afrique et de la part de la communauté internationale. Ceci, dans des proportions non négligeables, est dû aux efforts énergiques déployés par les femmes elles-mêmes pour s’organiser, formuler clairement leurs sujets de préoccupations et faire entendre leur voix.

Toutefois, le changement de mentalité reste une nécessité et il faut bien comprendre que le changement ne peut venir que de nos populations (féminines comme masculines) elles – mêmes. Pour que les mentalités changent et bougent, il faut que cela vienne d’une nécessité propre. Il faut donc  cibler et sélectionner les changements de mentalité qui sont nécessaires, pour que  leur autonomie financière ait un  sens.

Je félicite les organisateurs des rencontres économiques de Dakar et je soutiens l’idée que des exercices de cette nature doivent acquérir un droit de cité dans l’architecture globale de notre gouvernance économique. Le Réseau Francophone pour l’Egalite Femme/Homme par ma voix souhaite vous associer à notre prochain « DAVOS des femmes francophones » sur le thème du financement de l’Egalite Femme/Homme dans les politiques publiques de développement que nous organisons avec l’aide de l’organisation Internationale de la Francophonie au courant de l’année 2016.

Pr Ndioro NDIAYE

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