Forum de Dakar

ATELIER 2 PROBLÉMATIQUES MIGRATOIRES AFRICAINES
Résumé
Le phénomène de migration vers l’Europe s’est accru ces derniers mois. Si de nombreux migrants africains sont originaires de zones de conflit (Somalie, Soudan, etc.), la croissance démographique et l’absence de perspectives économiques pour les jeunes diplômés représentent cependant les principaux facteurs de migration vers l’Europe.
Mais la plupart des flux migratoires africains restent en réalité des migrations intra-africaines. Lorsque les pays d’accueil sont mal préparés à ces flux, ils peuvent engendrer des tensions locales (xénophobie, compétition pour l’accès aux ressources). Enfin, dans le cas de populations fuyant un conflit ou une crise (populations nigérianes menacées par les exactions de Boko Haram par exemple), ces mouvements sont susceptibles de prendre une ampleur potentiellement déstabilisatrice pour les pays d’accueil.
Des politiques de migration régionales, associant pays d’origine, pays de transit et pays de destination, apparaissent nécessaires pour gérer au mieux les phénomènes migratoires, intégrer les migrants dans les sociétés d’accueil, et s’attaquer aux réseaux criminels qui prospèrent sur les flux de population.

–  Quelle stratégie Afrique-Europe face à la crise migratoire ?

–  Quelles politiques nationales et régionales pour gérer les migrations intra-africaines ?

Cas pratique
La Libye est devenue depuis 2012 une voie de transit majeure pour les migrants africains, qui tentent de rejoindre l’Europe par la voie maritime. Des groupes criminels ont su exploiter le contexte politique et sécuritaire troublé de la Libye pour mettre sur pied des réseaux de passage sophistiqués.

Quelles politiques publiques africaines face au défi des migrations ?
Introduction
Sur les 150 millions de migrants dans le monde, plus de 50 millions seraient africains. Les contrôles renforcés aux frontières et les restrictions de circulation, au nord comme au sud, conjugués à l’instabilité politique, à la faiblesse des performances économiques et à la dégradation de l’environnement dans les pays de départ favorisent l’augmentation des candidats à l’émigration (migrants économiques ou réfugiés), le développement des migrations de transit et l’émergence des réseaux de trafic illicite de migrants. L’origine géographique et la nature des flux changent, de nouvelles modalités de circulation émergent et la répartition entre les pays d’accueil européens évolue. Contrairement aux idées reçues, la majeure partie de ces migrations n’est pas dirigée vers les pays occidentaux, mais est intra-africaine. Les statistiques les plus récentes indiquent ainsi qu’il y a dix fois plus de mouvements migratoires au sein du continent africain que vers les pays occidentaux. La gestion de la migration est nécessairement devenue pour les États africains un des grands défis du nouveau millénaire, social, économique, mais également sécuritaire. Les défis sécuritaires des migrations Le développement des migrations intra-africaines pose d’aboPhoto Forum de Dakar Atelier2 003 (2)rd la question de la sécurité des migrants. Le passage des frontières reste difficile, soumis au prélèvement de taxes informelles, à des pratiques discriminatoires, et à des violences ou détentions arbitraires ; la sous-région, et en particulier les pays dits de « transit », connaissent une montée croissante de l’intolérance envers les étrangers, qui se traduit par l’assimilation des « migrants » à des « criminels » ; les demandeurs d’asile déboutés au sein de la sousrégion se retrouvent sans protection, et rejoignent le plus souvent la vaste catégorie des « migrants irréguliers » n’ayant pas la possibilité ou ne souhaitant pas rentrer chez eux, et n’ayant pas non plus les moyens de régulariser leur situation de séjour sur place ; les migrants expulsés d’Europe ou interceptés en mer et réadmis dans leur pays d’origine font face à des logiques d’exclusion sociale, l’échec migratoire étant associé à l’humiliation et à la honte. Les femmes migrantes en particulier, dont la proportion est plus importante ces dernières années, apparaissent bien souvent plus vulnérables aux violations des  droits humains par leur simple statut de femme et d’étrangère. Un problème politique particulièrement épineux auquel sont confrontés des États sans cesse plus nombreux est celui de la progression de la traite des femmes, des enfants et des mineurs non accompagnés. Comment les employeurs et les gouvernements doivent-ils s’y prendre pour faire en sorte que les femmes migrantes ne se trouvent pas piégées dans des secteurs de l’économie non réglementés et où règne la discrimination sexuelle, à savoir notamment dans les emplois domestiques, dans l’industrie du divertissement et dans l’industrie du sexe ? Les migrations, si elles sont mal gérées, peuvent également engendrer dans les pays d’accueil des tensions sociales et identitaires. C’est notamment le cas lorsque les effectifs des immigrés sont élevés et lorsque ces derniers sont concentrés dans certaines zones géographiques, mettant les communautés d’accueil dans l’obligation de fournir des logements, des systèmes d’adduction d’eau, des soins de santé et des structures d’enseignement. Ce genre de situation peut être une source bienvenue de diversité culturelle ou, à l’inverse, une source de conflits interethniques et créer des sentiments xénophobes. Le phénomène migratoire peut également entrainer la structuration d’une économie criminelle spécifique : la traite d’êtres humains reste une préoccupation majeure, tandis que les réseaux de passeurs et la traite  de migrants se multiplient à mesure que les voies légales de la migration (vers l’Europe) se ferment. Les migrations peuvent également parfois constituer un défi sanitaire. L’état de santé et les conditions sociales des groupes vulnérables tels que les migrants en situation irrégulière, les déplacés internes et les personnes ayant fait l’objet d’un trafic sont aggravés et souvent compliqués par le manque d’accès aux soins de santé et aux services de prévention. Nous avons encore en mémoire la stigmatisation dont ont été victimes les Africains lors de l’épidémie Ebola, stigmatisation encore, mais dans une moindre mesure, pour le VIH/Sida.

Quelles politiques nationales de migration ?

Photo Forum de Dakar Atelier2 002 (2)Peu d’États africains se sont dotés des outils nécessaires pour appréhender le phénomène des migrations. Dans les pays d’origine, très peu de politiques migratoires nationales  sont en réalité formulées. Le Nigeria et le Ghana figurent parmi les rares pays africains à avoir élaboré un document de politique nationale en matière de migration, qui doit  encore être ratifié par l’Assemblée nationale. Dans les Forum international de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique pays d’accueil, il n’existe pas non plus de document de politique migratoire inclusive, coordonnée, cohérente ; chaque pays en réalité travaille selon ses intérêts du moment. Coopérations régionales et avec les partenaires occidentaux Des organisations régionales ont mis en place des politiques communes sur les migrations et la liberté de circulation. Ainsi, au sein de la CEDEAO, il existe un cadre juridique sous-régional consacrant la liberté de mouvement, d’établissement et de résidence pour tous les ressortissants des États-membres et un cadre juridique relativement progressiste en matière de protection des droits des travailleurs migrants et de protection des droits de l’homme en général. Mais l’application est lacunaire : les populations rencontrent ainsi, en pratique, nombre de difficultés pour circuler librement et s’établir dans la CEDEAO. L’UE et les États et organisations africains tentent de trouver ensemble des solutions communes pour gérer les migrations africaines vers l’Europe, comme en témoigne la tenue prochaine du Sommet de La Valette. Les pays de l’UE s’efforcent d’externaliser la gestion de leurs frontières à la fois en conférant aux pays du sud une part grandissante de la responsabilité du contrôle, et en privilégiant l’aide liée au développement. Les préoccupations des États de l’UE s’orientent vers la mise en œuvre d’une politique plus efficace d’éloignement et de contrôle en amont des migrations internationales. C’est le sens du « partenariat » proposé aux pays tiers pour les engager à des contrôles plus stricts des étrangers en transit sur leur territoire, à réadmettre ceux trouvés en situation irrégulière dans l’UE et à prendre en charge leur renvoi vers les pays d’origine. À travers ces accords de « coopération », les États-tiers signataires s’obligent, de facto, à aligner leur législation (visa, entrée, réadmission, lutte contre l’immigration clandestine, asile) sur les normes et principes établis dans l’UE. Ils sont appelés à constituer une sorte de premier rideau de protection, de première ligne de filtrage des migrations à destination de l’UE. C’est aujourd’hui le cas des Étatsmembres de la CEDEAO pour contrôler les migrations en provenance de l’Afrique subsaharienne notamment. Cependant, les acteurs africains et l’UE ne partagent pas toujours nécessairement la même interprétation du phénomène migratoire, et n’ont pas les mêmes intérêts, ce qui ralentit le développement de partenariats solides. Conclusion Le Forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique est une grande opportunité pour les gouvernements,
les organisations régionales et la société civile de convaincre l’ensemble des acteurs, et de se convaincre, de l’absolue nécessité de mettre en place des politiques publiques migratoires nationales, régionales et, quand nécessaire, avec les partenaires non-africains. Les migrations sont à la fois un enjeu sécuritaire et un outil de développement, et leur bonne gestion est une valeur ajoutée pour la sécurité de nos populations.

Pr Ndioro Ndiaye Ancienne ministre – Sénégal
Présidente, Alliance pour la Migration, le Leadership & le Développement (AMLD)
Coordonnatrice, Réseau Francophone pour l’Égalité Femme-Homme (RF – EFH)
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